Olivier de Brabois

Rédacteur en chef du Journal des Départements, Média leader de la presse départementale


Olivier de Brabois

Pourquoi avoir créé un journal des Départements ?

Ayant assumé à plusieurs occasions et de nombreuses années, la direction générale de conseils départementaux, j’ai constaté deux lacunes importantes.

Nos concitoyens ne connaissent pas la strate départementale, son histoire, son fonctionnement et ses compétences. La seconde touche au manque d’information des élus et administratifs de ces collectivités.


Sur le premier point, nous avons avec Bernard de Froment et Alexandre Riquier écrit un ouvrage destiné au grand public « Les départements pour les nuls ». Il raconte l’histoire de cette

institution, explique les modes d’élection, le contexte juridique, les compétences des Départements. A notre grande surprise (et encore plu à celle de l’éditeur) ce livre a connu un très important succès. Peut-être parce que nous étions à la veille des élections départementales et régionales et que nombre de nos concitoyens voulaient se renseigner sur ces collectivités.


En ce qui concerne le second point, nous avons constaté que la presse généraliste ne concerne les Département qu’à la marge et la presse spécialisée est plus orientée communes.

Or, il existe un vrai besoin. Une information ciblée, proche avec la vie de chacun des Départements français. Les nominations, les expérimentations, les actualités, finances, collèges, solidarité, routes, culture, sport, tourisme, politique nationale et locale…


J’ai pu observer que l’on prend un énorme risque à rester dans son coin, à penser qu’on est capable de résoudre les problèmes seul. On finit par se fermer, à croire qu’on est les meilleurs sans regarder ailleurs. Il faut ouvrir les fenêtres. Partout sur le territoire des élus ou des administratifs se trouvent confrontés aux mêmes problèmes. Il faut réussir à mutualiser, à s’écouter, à partager les expériences. Nous avons donc créé Le Journal des Départements, magazine mensuel diffusé gratuitement à 5 000 exemplaires en papier et

16 150 exemplaires en digital. Il est adressé aux principaux acteurs de chaque Conseil départemental, aux ministres, à tous les parlementaires…


Certains Départements l’ont aussi intégré dans leur intranet interne pour permettre à l’ensemble des agents d’en prendre connaissance.


Mais, notre ambition est plus large, nous voulons nous poser comme la voix des territoires et donner aux Départements et à la société civile l’occasion de se rencontrer, d’échanger. D’organiser des occasions de se retrouver, d’apprendre et de s’informer.


De très nombreux partenariats se sont ainsi tissés en une année avec des spécialistes dans chaque domaine. Ils viennent aussi à nos rencontres dont la prochaine aura lieu dans le château de Chambord où nous attendons de très nombreux Départements.


Comment voyez-vous l’avenir des Départements ?

L’institution est ancienne puisqu’elle date des débuts de la Révolution. Souvent remis en cause, elle apparaît pour certains, dans les salons parisiens, comme la couche à supprimer. Il paraît élégant entre deux petits fours d’avoir un avis tranché ! Mais, ces beaux esprits coincés dans les limites du périphérique ne connaissent pas la réalité du terrain et la nécessité de proximité.

Manuel Valls avait déclaré la suppression du département et il est toujours là, bien vivant et peut-être plus vivant que jamais. En effet, les grandes Régions ont rendu le Conseil régional lointain et renforcé la proximité de l’élu départemental. Il connaît bien son canton et, sauf en milieu urbain, il est bien repéré et connu par les habitants.

Deux phénomènes récents ont, me semble-t-il, renforcé encore l’échelon départemental : la crise des gilets jaunes et la crise sanitaire.

Dans le premier cas, on a bien senti une déconnexion de l’échelon national qui ne connaissait pas la réalité de la vie en milieu rural, de la nécessité d’utiliser la voiture au quotidien, de la lassitude à se sentir délaissé avec la disparition des service publics, parfois méprisé même par les beaux esprits technocrates. Le Président de la République a bien senti et compris cette fracture et est venu, sur le terrain à la rencontre des habitants et des élus de base.


Il a cherché à renouer un lien distendu. En ce qui concerne la crise sanitaire, alors que l’Etat s’enferrait dans ses lourdeurs à rédiger des circulaires incompréhensibles et inapplicables, à chercher des excuses plus que des masques ou des vaccins, les collectivités de proximité ont joué tout leur rôle en achetant les masques, les protections et en organisant la vaccination sur le terrain. Elles ont aussi été à l’écoute des difficultés proches et ont trouvé les solutions pour accompagner, aider, soutenir les personnes en difficulté.

Alors, oui, définitivement oui, les départements ont un avenir.


Je crois, pour être tout à fait clair que le projet de conseiller territorial annoncé par Emmanuel Macron aura toutes les difficultés à se mettre en place. J’observe, du reste, que l’on en parle beaucoup moins depuis quelque temps.


Avez-vous un message à adresser à nos élus des territoires.

Un message et un seul : tenez bon.


Vous représentez la légitimité validée par le suffrage universel. Les comités Théodule avec des représentant tirés au sort n’ont, eux aucune représentativité réelle.


Tenez-bon face aux menaces financières avec les restrictions annoncées, avec la disparition quasi complète de l’autonomie fiscale.

Tenez bon face à l’agressivité de plus en plus importante chez nos concitoyens qui réclament toujours plus.


Tenez-bon face aux autres collectivité ou organisations qui rêvent de vous mettre sous leur coupe et qui mènent des batailles d’égo et de logos dérisoires.


Tenez bon face aux nouvelles lois bavardes et toujours plus contraignantes.

Tenez bon, tenez bon, tenez bon.