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lechaudron.io

Entretien avec Emmanuelle Roux CE0 Lechaudron.io et présidente désignée CINOV Numérique


Comment et pourquoi avez-vous créé leChaudron.io?

leChaudron.io a été créé en 2016 suite à un constat : pour beaucoup de gens, y compris des décideurs, des soignants, des enseignants ou des élus, le numérique était perçu comme un environnement hostile, faisant peur, avec le sentiment de ne pas pouvoir en être acteur. Trop compliqué, trop loin des gens, inaccessible. Cela a comme conséquence de créer des difficultés à s'approprier les opportunités possibles du numérique Nous avons donc fondé leChaudron.io sur le modèle de l'école de ski française, c'est-à-dire sur la faculté de rendre autonome les gens dans un monde complexe. Comment remettre en capacité des gens qui s'excluent d'un monde en pensant qu'il n'est pas pour eux, alors même qu’ils y ont toute leur place et qu’il suffit de leur donner quelques clés pour mettre le numérique au service de leurs propres projets. J'insiste sur cet élément, fondamental dans notre processus. C'est un point clé du Chaudron.io, cette volonté de mettre le numérique au service de tous et des projets de vie. Nous ne faisons pas du numérique pour faire du numérique. Nous permettons aux gens de s'emparer du numérique au service de leurs propres projets ou des projets de leur entreprise ou organisation. Nous leur donnons l'opportunité d'utiliser l'outil numérique.


Et dans ce cadre comment leChaudron.io peut accompagner les collectivités sur ces sujets ?

Aujourd'hui leChaudron.io accompagne plus les entreprises que les collectivités locales. Pour autant, nous sommes intimement convaincus de son importance pour les collectivités locales, à plusieurs niveaux. D'abord il s’agit de mettre les élus eux-mêmes dans cette capacité d'autonomie et d'appropriation des enjeux, c'est-à-dire un vrai travail auprès des collectivités locales pour permettre à chaque élu dans son domaine de pouvoir s'emparer du numérique comme vecteur de transformation. Il ne faut pas voir le numérique comme une chose informatique, propre au DSI, mais bien de dire à chacun des décideurs, élus et administrations, comment à leur échelle le numérique peut leur venir en aide et participer de leurs actions de transformation.

Un second niveau serait de construire avec les collectivités locales des offres d'accompagnement à destination des associations sur leur territoire pour permettre aux élus, aux permanents et aux bénévoles de pouvoir développer des actions en local, en mettant pleinement le numérique au service des projets associatifs.

Le 3e échelon serait de préparer les talents de demain, comme nous l'avons fait avec le territoire de Saint-Laurent-sur-Sèvre en Vendée, avec le lycée Saint-Gabriel.

Ou sur le territoire de Montaigu avec Sodebo. Il s’agit de voir comment développer des activités permettant de créer et développer les jeunes talents numériques sur les territoires, non pas pour en faire de futurs développeurs, mais pour que dans tous les métiers sur le territoire, les futurs décideurs puissent penser les métiers et activités de demain à l'aune du numérique.

Donc trois niveaux, d'abord auprès des élus et des équipes de direction pour se saisir des enjeux du numérique ; ensuite à destination des associations et plus particulièrement des bureaux, pour renforcer et développer leurs activités ; et enfin la naissance des jeunes talents sur le territoire pour leur montrer tout le champ du possible sur le numérique comme processus créatif.


Au Chaudron.io nous pensons qu'il faut reposer la question de l'inclusion numérique et donc la question du regard porté sur la notion de numérisation des services et des collectivités locales.


Forte de votre expérience, quel regard portez-vous sur la numérisation des communes et sur le fait qu'encore près de 13 millions de Français se déclarent malhabiles avec les outils numériques ?

Notre regard au Chaudron.io est très clair : le chiffre de 13 millions est très en dessous de la réalité du terrain. Car tout dépend de ce que l'on nomme inclusion numérique. La définition actuelle de l’inclusion numérique décrit si un citoyen est capable d'utiliser des services publics et privés numériques. Autrement dit s'il est capable d'aller sur le site de la mairie, de la CAF, de Pôle emploi, etc. Au Chaudron.io, nous considérons qu'un citoyen est en inclusion à partir du moment où il peut participer de la décision politique numérique du territoire ; à partir du moment où il peut produire lui-même du numérique.

Si on fait le parallèle avec l'alphabétisation, c’est la différence entre être capable de lire un texte, d'essayer de comprendre ce qui est écrit et suivre des instructions, ou être capable de produire un écrit soi-même. Le pays et la volonté politique se sont battus pour la démocratisation de l'alphabétisation, pour apprendre à lire et écrire à la population. Il n'a pas été dit qu'il y aurait des gens qui ne savent que lire et qui dépendraient d'autres gens qui auraient le droit d'écriture.

Au Chaudron.io nous pensons qu'il faut reposer la question de l'inclusion numérique et donc la question du regard porté sur la notion de numérisation des services et des collectivités locales. Pour le coup le premier élément sur lequel nous partirions, ce serait de reposer ensemble la définition de l'inclusion numérique : qu'est-ce que ça veut dire être inclus dans un monde numérique ? Est-ce que ça veut dire être capable d'utiliser ce monde numérique, ou bien est-ce être capable de participer de la production, de la construction, de ce monde ? Et selon cette définition-là vous avez bien plus de gens, que ce soit les élus, les dirigeants associatifs, les chefs d'entreprise, les enseignants, les soignants, les employés, …, une grande partie de la population qui se sent en incapacité réellement de participer de la construction d'une société numérique.


Notre publication est destinée aux décideurs publics et politiques, quel message souhaiteriez-vous leur faire passer ?

D'abord que le numérique n'est pas que technologique. Il est aussi politique et culturel, comme je viens de l’expliquer. Dans ce cadre, il s'agit de bâtir le vivre-ensemble, de travailler sur la question de la société que nous souhaitons. Par exemple, prenons le cas de la traçabilité par rapport à la population. Veut-on une société de la transparence ? Le fait d'avoir des parcmètres nécessitant d'inscrire sa plaque d'immatriculation pour payer son stationnement, ces appareils appartenant à des sociétés privées, sans que l’on sache très bien ce qui est fait de cette donnée. A ma connaissance, il n'y a pas eu de débat politique sur ce sujet ; lors de la dernière campagne municipale, personne n’a soulevé ce sujet.

Il y a plusieurs manières de délivrer les services numériques dans sa ville et ça devrait être un sujet de discussion : est-ce que je veux imposer une transparence à mes citoyens avec de la vidéosurveillance, des plaques d'immatriculation à chaque parcmètre, ou bien, si je ne souhaite pas faire cette société de la transparence, quels sont les autres choix qui s'offrent à moi ?

Pour ce faire, il faut que les élus puissent comprendre pleinement les enjeux qui se cachent derrière l'utilisation de ces outils, derrière le numérique, et sortir d'une vision purement technologique : ce ne sont pas juste des outils techniques mais aussi des moyens qui redessinent la manière de travailler ensemble, d'interagir ensemble, de produire ensemble, de s'amuser ensemble, bref de vivre ensemble...


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